Le moratoire sur la publication d’une étude scientifique portant sur une souche mutante du virus de la grippe aviaire risque d’être reconduit. Après l’opposition de l’agence américaine de la biosécurité qui a abouti à un moratoire de 60 jours, la publication des travaux de ces chercheurs qui ont mis au point une souche de H5N1 capable de se transmettre entre humains, est sous le feu des projecteurs de l’Organisation Mondiale de la santé.
L’Organisation Mondiale de la santé a confirmé ce vendredi 17 février 2012, que les résultats de cette étude jugée dangereuse ne seraient pas publiés dans l’immédiat. Les responsables de l’OMS, s’étaient exprimés à la suite d’une réunion à huis clos d’experts internationaux. Ces derniers étaient chargés de vérifier si les griefs, portés par la communauté scientifique à l’encontre des travaux de ces deux équipes de chercheurs américains et néerlandais, étaient fondés. Le porte-parole de l’organisation onusienne, qui rassuré que ces recherches seront publiées, a néanmoins affirmé qu’un délai supplémentaire était indispensable afin que les experts puissent se prononcer avec précision sur les dangers qu’il y aurait à publier les résultats de cette étude controversée. L’organisation Mondiale de la Santé avait convoqué cette réunion d’experts en vue de trouver une solution au litige qui opposait la NSABB, l’agence américaine en charge de la biosécurité à l’équipe de scientifique ayant réalisé cette étude. Pour le porte-parole de l’OMS, M. Gregory Hartl, de profondes discussions étaient nécessaires en vue d’apprécier les bénéfices et le danger liés à la publication de cette étude. L’étude, dont il est ici question, portait sur la possible transmission du virus de la grippe aviaire H5N1 entre humains. Jusqu’ici, ce virus qui occasionnait un taux de mortalité de 60% chez l’homme ne pouvait se transmettre d’homme à homme. Les contaminations observées se faisaient entre oiseaux et humains. A titre de comparaison, le virus de la grippe espagnole qui a, à lui seul, occasionné plus de morts que la première guerre mondiale, a un taux de mortalité de seulement 4%. Les chercheurs ont pour ce faire mis au point au laboratoire une souche mutante de H5N1 capable de se transmettre entre mammifères et de façon très probable entre humains.
Le principal grief retenu par la NSABB et une grande partie de la communauté sur la publication de cette étude, est l’utilisation que des terroristes pourraient faire de ces résultats. En effet la NSABB, craint que des terroristes ne se servent de ces résultats pour mettre au point des armes biologiques extrêmement dangereuses. Les chercheurs, qui insistent sur la nécessité de publier cette étude, arguent au contraire qu’elle pourrait servir à prévenir et gérer une potentielle épidémie de grippe aviaire pouvant résulter d’une mutation naturelle du virus. Les résultats de cette étude, conduite par des chercheurs provenant du centre médical universitaire Erasmus des Pays-Bas, de l’Université de Wisconsin et de l’Ecole de médecine du Mont Sinaï de New York, devait être publiée en décembre dernier dans les revues scientifiques Sciences et Nature. La publication fut suspendue en vertu des réserves opposées par l’agence américaine de biosécurité qui craignait une utilisation malveillante des résultats publiés. Cette affaire relance le débat sur l’étique scientifique. Peut-on au nom du savoir scientifique divulguer toutes sortes d’information ? Les chercheurs ont-ils le droit de travailler sur n’importe quel sujet, quelles qu’en soient les conséquences ? La polémique n’a cessé d’enfler depuis le début de cette affaire. L’un des dangers les plus évidents est l’appropriation par des individus mal intentionnés de cette souche de virus. Le virus pourrait également s’échapper de façon accidentelle du laboratoire où il est actuellement confiné. Ce laboratoire est un laboratoire de niveau P3, qui ne correspond pas au niveau de sécurité maximale qui est le niveau P4. Pour Patrick Berche, chef du service de microbiologie de l’hôpital Necker, toute connaissance ne saurait être accessible à tous. Selon lui, il faudrait restreindre l’accès à certaines informations au cas où ces dernières seraient risquées. Selon lui, les scientifiques devraient s’imposer un devoir de réserve. Jean-Claude Manuguerra, lui, ne partage pas le même avis. Ce dernier, qui le directeur de la Cellule d’intervention biologique d’urgence de l’Institut Pasteur, affirme que la paranoïa s’est invitée dans le débat. Pour lui le nombre de sujets de recherches duaux, c’est-à-dire pouvant simultanément être bénéfiques et malveillants ne peuvent se compter. Il soutient que des chercheurs malveillants n’ont nul besoin d’une publication pour mettre au point des virus extrêmement dangereux.

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