Une étude réalisée dans le cadre du projet Geocap de l’équipe Inserm U1018-Eq s’est penché sur les cas de leucémies infantiles autour des centrales nucléaires françaises. Ceux qui ont réalisé l’étude se refusent pour le moment à tirer des conclusions sans examiner plus d’hypothèses.
L’équipe qui a mené l’étude était dirigée par l’épidémiologiste Jacqueline Clavel. Le projet qu’elle dirigeait devait au départ examiner le rôle joué par plusieurs facteurs dans la survenue des cancers chez les enfants de moins de 15 ans. Ces facteurs étaient le trafic routier, les lignes de hautes tension, le benzène, les stations services et les sites nucléaires. Finalement, l’étude prendra une tout autre direction suite à une demande formulée par l’Institut de veille sanitaire. Les chercheurs devaient désormais se pencher en priorité sur les cas de leucémies infantiles autour des centrales nucléaires. Il faut dire que l’Institut s’est alarmé lorsqu’en 2007, une étude allemande montrait un lien significatif entre le risque de leucémies chez l’enfant et la distance séparant la résidence de la centrale nucléaire de Kummel.
Les résultats de cette étude menée de façon rigoureuse par l’équipe de Jacqueline Clavel sont presque similaires à ceux de l’étude réalisée en Allemagne sur la centrale nucléaire de Kummel. En effet, alors que l’étude n’avait montré, sur la période 1990-2001, aucun risque considérable lié à la proximité de la résidence, elle a constaté presque deux fois plus de cas de leucémies aiguës chez les enfants vivant à moins de 5 km d’une centrale nucléaire sur la période 2002-2007. Les chercheurs font savoir qu’alors que sur la période 2002-2007, ils s’attendaient à 7,4 cas, ils en ont plutôt comptabilisé 14. Quelles conclusions peut-on tirer de ces résultats ?
Pour l’instant, par prudence scientifique, les chercheurs refusent de faire une conclusion hâtive. Il faut d’ailleurs remarquer que les épidémiologistes ont obtenu des résultats discordants quand ils ont essayé de croiser les résultats obtenus avec le facteur proximité du logement et ceux prenant en compte l’estimation de la dose de radioéléments reçue dans la moelle osseuse par les enfants. C’est sans doute l’une des raisons qui a poussé Jacqueline Clavel à déclarer que, bien qu’elle et ses chercheurs aient constaté quelque chose, ils ont écarté pour le moment la seule hypothèse testée à savoir un mécanisme qui impliquerait les radiations de la fumée des centrales. Pour elle, il faut à présent "tester d’autres hypothèses" à l’échelle européenne.
Finalement, voici une autre étude qui pourrait encore alimenter le débat sur le nucléaire. En effet, tandis que certains voient dans les résultats de cette étude un signal alarmant, d’autres estiment que ce rapport n’indique pas que les centrales nucléaires causent plus de leucémies chez les enfants. Pour certains experts, la période d’observation de 6 ans (2002-2007) est trop courte pour interpréter les résultats avec rigueur. Pour les opposants au nucléaire, il faut arrêter de dédouaner aussi facilement le nucléaire qui produit en réalité plus de mille radioéléments artificiels qui se retrouvent souvent dans l’environnement.
