Publié le lundi 14 mai 2012 à 19:36

De graves lacunes dans l’évaluation de la toxicité des pesticides en France

Le procès intenté par Paul François, agriculteur en Charente a permis de mettre en lumière de grandes lacunes sur l’évaluation de la toxicité des pesticides en France. Ce procès, qui a abouti à la condamnation du géant mondial de l’industrie agrochimique, l’américain Monsanto, révèle que la toxicité de tous les composants des pesticides n’est pas correctement évaluée.

Monsanto a été reconnu coupable d’avoir intoxiqué Claude François, un agriculteur de 47 ans. Les experts qui ont examiné l’agriculteur français ont confirmé que l’agriculteur français était devenu invalide suite à l’inhalation du monochlorobenzène, un solvant faisant partie de la formulation de l’herbicide Lasso mis au point par la firme Monsanto. Cette substance avait, en effet, été retrouvée, à l’état de traces dans l’organisme du charentais. Les pesticides (insecticides, fongicides, herbicides, acaricides etc.), encore appelés produits agropharmaceutiques ont deux groupes de composants. La première catégorie concerne les matières actives et la seconde les additifs nommés adjuvants. La matière active est le principal composant du pesticide. C’est à lui qu’on doit l’effet biocide du pesticide. Dans le cas du Lasso, la matière active était l’anachlore. Il s’agit de la substance qui tue le déprédateur de la culture. Les adjuvants sont les substances dont l’ajout contribue à renforcer l’efficacité de la matière active. Parmi ceux-ci, on retrouve les mouillants, les solvants, les surfactants. La croyance commune est que cette catégorie est composée de matière inerte ; ce qui n’est pas toujours le cas.

Ce procès révèle les graves insuffisances au niveau de la procédure d’homologation des pesticides. Afin d’être homologués, les pesticides subissent une panoplie de test, qui sont effectués par les techniciens du ministère de l’agriculture. Une partie de ces tests concerne la nocivité de ces pesticides sur l’environnement et sur les organismes vivants. Jusqu’ici aucune évaluation n’était faite sur la toxicité des adjuvants dont certains, à l’instar des dérivés du benzène et des détergents, sont classés comme des substances potentiellement dangereuses. Une coutume très répandue dans le milieu des industriels agrochimiques consiste à faire le secret autour de ces substances, qui dans la plupart des cas sont responsables des différences d’efficacité entre les produits contenant la même matière active. De nombreux toxicologues tiraient depuis longtemps la sonnette d’alarme sur le danger potentiel que pouvaient représenter cette classe de produits qui ne faisaient l’objet d’aucun contrôle de la part des autorités phytosanitaires. Gilles-Eric Seralini, de l’Université de Caen, qui aussi intenté un procès à Monsanto, a souligné que les études de toxicité étaient bâclés. Il a dénoncé le secret que les industriels continuaient de maintenir autour des adjuvants.

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