Une étude réalisée par une équipe américaine vient donner raison aux experts qui depuis bon nombre d’années ne cessent de dénoncer les prescriptions abusives d’antibiotiques dans nos hôpitaux. Cette étude a, en effet, démontré que ces ordonnances étaient bien souvent peu utiles (pour ne pas dire inutiles) dans le traitement des affections telles que l’angine, l’otite et la sinusite.
Dans cette étude conduite par un groupe de chercheurs de l’université de Saint-Louis, aux USA, des patients souffrant de ces affections ont reçu deux types de traitement. Le premier groupe n’avait reçu qu’un traitement contre la congestion nasale, la douleur et la fièvre. Le traitement du second groupe comportait, en plus des médicaments précités, des antibiotiques. Les chercheurs ont observé qu’un tiers des malades se sentaient mieux dans ces deux groupes au bout de 3 jours. Après 10 jours, ils se sont rendu compte que 4 malades sur 5 étaient guéris dans les deux groupes. Ceux qui n’avaient pas reçu d’antibiotiques se portaient aussi bien que ceux qui en avaient reçu. Le Pr Christian Chidiac, de l’hôpital de la croix Rousse, qui se trouve à Lyon, a affirmé que ces résultats ne le surprenaient nullement. Les prescriptions d’antibiotiques sont devenues une habitude, qui bien souvent n’est motivée par aucune nécessité. Pour ce praticien, qui préside également le groupe de travail ayant rédigé les recommandations sur les traitements anti-infectieux pour le compte de l’agence sanitaire française (l’Afssaps), l’efficacité des antibiotiques à traiter la sinusite est très faible. Bien des fois ceux-ci sont inutiles. Il attribue cela aux difficultés qu’il y a à diagnostiquer avec précision ce mal. Ainsi les médecins ont tendance à prescrire abondamment des antibiotiques lorsqu’ils soupçonnent une sinusite. Le mauvais diagnostic contribue bien évidemment à réduire le niveau de preuve des antibiotiques sur la sinusite. Cette prescription systématique d’antibiotiques, n’est malheureusement confinée à la sinusite. Les experts médicaux dénoncent un abus des antibiotiques pour le traitement de toutes les infections des voies respiratoires hautes.
Bon nombre de cas d’angines, d’otites et de rhinopharyngites sont des affections bénignes. La rhinopharyngite en est un bel exemple. Cette affection guérit spontanément en 7 à 10 jours sans traitement particulier. Une prescription d’antibiotiques n’est nullement justifiée dans la plupart des cas de rhinopharyngite. Cette affection, qui touche 5 à 8 fois par an les enfants âgés de mois de six années, finit par leur conférer une immunité. Cependant les médecins continuent à prescrire massivement des antibiotiques pour traiter cette maladie virale dont on dénombre 3 millions de cas chaque année dans l’hexagone. L’apparition de sécrétion purulente ne justifie pas, contrairement aux idées reçues, une prescription d’antibiotiques car elle n’a aucun rapport avec une aggravation de la maladie. Un autre exemple patent est celui de l’otite. Dans la majorité des cas, l’otite guérit de façon spontanée. Cela n’empêche nullement les médecins de prescrire chaque année, trois millions de doses d’antibiotiques pour le traitement de l’otite moyenne aigüe, a affirmé le Pr Édouard Bingen, microbiologiste à l’hôpital Robert-Debré (Paris). Seules les otites moyennes aigües purulentes requièrent une prescription d’antibiotiques. Pour les autres cas, cette prescription est inutile. Le cas de l’angine préoccupe également les experts. Le Dr Patrick Martin, généraliste à Chènevières précise que la prescription d’antibiotiques n’est indiquée que dans le cas où un streptocoque est présent. La détection de ce germe doit être faite par un test diagnostic qui ne dure que 7 minutes. Le constat est que la plupart des médecins n’utilisent pas ce test pour leur diagnostic. Le résultat est une prescription abusive d’antibiotiques. Seule l’angine bactérienne nécessite qu’un antibiotique soit prescrit. Cette situation contraint les experts à un changement de stratégie dans les rapports qu’ils entretiennent avec les médecins. Ils énumèrent à chaque fois les cas où une prescription d’antibiotiques est inutile. La prescription systématique est risquée, en ce qu’elle peut conduire au développement d’une résistance chez les agents pathogènes. Ce phénomène a déjà conduit au retrait du marché de certains médicaments. L’abus d’antibiotiques peut également fragiliser le système immunitaire. Ce dernier, non habitué à se défendre tout seul en cas d’infection, peut petit à petit devenir paresseux.
