Vivement recommandé par le cardiologue Olivier Ameisen, l’usage du Baclofène pour soigner la dépendance à l’alcool figure avant tout comme un cas de détournement d’un médicament de son indication première. Bien que le témoignage de ce médecin « ancien alcoolique » et auteur du livre « Le dernier verre » ait suscité un véritable engouement du public, les autorités françaises restent très prudentes d’autant qu’il existe de déplorables antécédents avec des médicaments tels que le Mediator. Toutefois, des recherches sont en cours en France pour vérifier l’efficacité d’un tel traitement, emboîtant ainsi le pas à des essais cliniques ayant eu lieu sous d’autres cieux.
Initialement mis en vente dans les années 70 sous le nom de Liorésal, le Baclofène est un myorelaxant stimulant le récepteur GABA-B. Il est traditionnellement prescrit pour soigner les contractures spastiques et dans une moindre mesure les hoquets résistants. Alors qu’une dose maximale de 80 mg est recommandée dans le cadre de l’AMM (Autorisation de Mise sur le Marché), certains neurologues des Universités de Columbia n’hésitent pas à en prescrire jusqu’à 300 mg par jour à leurs patients souffrant de spasticité. Bien entendu, les effets secondaires de ce médicament sont parfaitement connus et maîtrisés par les universitaires en question. En 1990, des tests isolés auraient montré l’efficacité du Baclofène dans le traitement de la dépendance à l’alcool et à la drogue.
En l’absence d’un intérêt marqué, cette découverte est toutefois mise aux oubliettes jusqu’à ce qu’Olivier Ameisen, alcoolique en désespoir de cause, découvre à son tour les bienfaits de ce remède à l’issue de nombreuses recherches. L’ayant essayé à fortes doses, il témoigne en 2004 de son efficacité contre la dépendance à l’alcool et recommande aux laboratoires de faire des essais cliniques pour s’en convaincre. Malheureusement, il ne sera guère entendu, probablement à cause du coût trop élevé des essais. Intitulé « Le dernier verre », le livre d’Olivier Ameisen remet sa préoccupation au goût du jour. Sous la pression de nombreux acteurs comme les associations de lutte contre l’addiction à l’alcool, d’ardents défenseurs du Bactofène et les patients eux-mêmes, des recherches sont en cours pour confirmer ou infirmer l’efficacité du remède.
Financés sur des fonds publics, 2 études en cours permettront peut-être de mettre fin aux houleux débats qui oppose les spécialistes anti Baclofène à ceux ceux qui sont résolument pour. Sous l’autorité du Pr Michel Detilleux, une étude qui se fera en milieu hospitalier (notamment à l’Hôpital Cochin de Paris) permettra de mesurer le niveau d’abstinence des patients dépendants alcooliques soumis à un traitement de 90 à 120 mg de Baclofène par jour et ce pendant 3 mois. Il faut souligner qu’un sevrage de 8 à 15 jours est prévu dans le cadre de cette étude. Sous la coordination du Dr Philippe Jaury sera conduite en ville une seconde étude consistant à suivre environ 300 patients, sevrés ou non et placés sous un traitement allant de 15 mg à 300 mg par jour de Baclofène.
L’efficacité du Baclofène et la typologie des patients pourraient être déterminées au terme de cette étude. Mais déjà, le Dr Philippe Jaury affirme en s’appuyant sur une investigation préliminaire réalisée sur 130 individus que la moitié des patients pourraient devenir abstinents au bout d’un an en suivant un traitement de 120 à 140 mg de Bactofène par jour. Toutefois, il convient de souligner que la plupart des patients qui avouent être guéris de leur dépendance à l’alcool grâce au Baclofène se réjouissent d’être devenus indifférents à l’alcool et pas forcément abstinents.
Le traitement de la dépendance à l’alcool est une nouvelle indication qui pourrait bien être accordée au Baclofène si les études menées sous la houlette de l’INSERM s’avèrent concluantes.

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