Publié le samedi 4 décembre 2010 à 12:00

Wikileaks révèle les manipulations autour de l’accord sur le climat

Wikileaks révèle les manipulations autour de l'accord sur le climat

Les révélations de Wikileaks n’en finissent pas de pleuvoir depuis la mise à disposition de la presse de plus de 250 000 cables diplomatiques américains. L’opération baptisée « Cablegate » révèle cette fois ci, les méthodes employées par les américains autour de l’accord de Copenhague.

Espionnage, menaces, promesses de soutiens… Caché derrière la rhétorique « Save the world » au cours des négociations de Copenhague sur le changement climatique, on retrouve dans les cables diplomatique, des méthodes assez éloignées du « monde des bisounours » qu’on nous vend. Manipulations financières et menaces pour obtenir des soutiens politiques ; Espionnage et guerre cybernétique sont utilisés pour la recherche de levier d’action.

Les câbles diplomatiques américain révèlent comment les États-Unis cherchent des poux aux nations qui s’opposent à leur approche de la lutte contre le réchauffement climatique, comment les aides financières et d’autres méthodes sont utilisées par les américains pour obtenir des soutiens politiques, et surtout comment les États-Unis ont mis en place en secret, une offensive diplomatique mondiale pour accabler leurs opposants sur le très controversé « accord de Copenhague ».

La négociation d’un traité sur le climat est un enjeu majeur, non seulement en raison du danger que le réchauffement climatique pose à la civilisation, mais aussi parce que la restructuration de l’économie mondiale doit se tourner vers un model faiblement émetteur de gaz à effet de serre, ce sont des milliards de dollars qui sont en jeu.

Espionnage de l’ONU et cyber-attaques

Émanant d’une requête de la CIA, le département d’Etat américain a envoyé un télégramme secret le 31 Juillet 2009, pour obtenir des renseignements sur les diplomates de l’ONU au travers d’une série de questions, incluant le sujet des changements climatiques. Cette requête visait aussi à obtenir des informations concernant les positions des pays qui font parties de la Convention des Nations Unies sur le changement climatique, sur les négociations de Copenhague qui allaient se dérouler en fin d’année. Les diplomates ont, par exemple, été invités par le département d’Etat à fournir des preuves qu’au sujet de l’environnement, l’ONU contourne le traité et négocie directement avec les nations.

Cependant, les États-Unis n’étaient pas les seuls à utiliser des méthodes peu orthodoxes pour collecter des renseignements à cette époque là. Le 19 juin 2009, le département d’Etat américain a envoyé un télégramme décrivant une attaque informatique de « phishing » contre le bureau de Todd Stern, l’envoyé spécial des États-Unis sur le changement climatique auprès des Nations unies, alors que des discussions avec la Chine sur les émissions de gaz à effet de serre étaient en cours à Pékin. Bien que l’attaque ait échouée, la division qui analyse les cyber menaces auprès du département d’Etat, auraient publiée une note indiquant que des tentatives d’intrusion comme celles-ci pourrait persister.

Les pourparlers de Pékin n’ont pas abouti à un accord mondial à Copenhague. Mais les États-Unis, le plus grand pollueur historique du monde et longtemps isolé comme paria climatique, avaient quelque chose à quoi s’accrocher.

Le sabotage du Sommet de Copenhague

L’accord de l’ONU a été retourné dans tous les sens, une approche considérée comme innapropriée qui invitait chaque pays à choisir des cibles acceptables pour éliminer des sources d’émissions de gaz à effet de serre. Une manière pour les États-Unis de se lier beaucoup plus facilement à la Chine et à d’autres pays en développement, dont la croissance est particulièrement forte et rapide.

Concrètement, l’accord de Copenhague ne garantit pas que les solutions nécessaires pour réduire les émissions globales de gaz à effet de serre soient mise en place, il menace même les négociations de l’ONU sur la prorogation du protocole de Kyoto, dans lequel les pays riches ont des obligations contraignantes. Un ensemble de raisons qui ont conduit de nombreux pays, notamment les plus pauvres et les plus vulnérables aux changements climatique, a s’opposer vivement à l’accord de Copenhague. Qui selon les ONG et les associations à l’unanimité, était un fiasco complet.

Comment autant de pays peuvent servir les intérêts des États-Unis ? En renforcant la probabilité que l’accord initial serait officiellement adopté. C’était une des offensives diplomatique lancée par le département d’État américain. Entre la fin du Sommet de Copenhague en Décembre 2009 et fin février 2010 (lors de la fuite des câbles diplomatique), il y a un très grand volume de télégramme diplomatique.

Certains pays n’ont pas eu besoin de beaucoup pour être persuadé qu’il fallait absolument s’opposer à un accord pertinent à Copenhague. L’accord promettait 30 milliards de dollars (22,7 milliards d’euros) d’aide financière pour les pays les plus pauvres et les plus touchés par le réchauffement climatique, qu’ils n’avaient pas causé.

Le positionnement des pays membres de l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS)

Dans les deux semaines du Sommet de Copenhague, Ahmed Shaheed, le Ministre des Affaires étrangères des Maldives, a écrit à Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat américaine, en lui demandant expressement de sauvegarder l’accord. Le 23 février 2010, Abdul Ghafoor Mohamed, l’ambassadeur désignés des États-Unis pour les Maldives, a déclaré à Jonathan Pershing, l’envoyé spécial des États-unis pour le changement climatique, que son pays voulait une aide concrète et que d’autres nations pourraient réaliser les avantages gagnés par un accord respectueux.

Les Maldives font partis des rares pays en développement à avoir voulu que les négociations autour de l’accord soient réalisées avec de bonnes intentions, d’autres petites nations insulaires ont été secrètement considérées comme vulnérables à la pression financière. Le lien politique introduit par les négociations avec les milliards de dollars d’aide est très controversé, il est contraire à leurs opinions. Les pays les plus menacés par les changements climatiques voient cette aide comme un droit, pas comme une récompense.

Selon une dépêche, le 11 février 2010, Connie Hedegaard, Commissaire européenne à l’Action pour le Climat, aurait dit à Jonathan Pershing qu’étant donné le besoin en financement des pays membres de l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS), ils pourraient être nos « meilleurs alliés ». Les deux ont été particulièrement préoccupé par la manière avec laquelle la question des 30 milliards de dollars d’aide seraient abordés.

Collusion entre l’Union Européenne et les États-Unis

Un télégramme diplomatique de Jonathan Pershing révèle que les donateurs doivent concilier la nécessité politique de fournir un financement réel en prenant en considération les contraintes pratiques budgétaires serrés. Connie Hedegaard serait opposée à une tactique de subventions seul et aurait demandée aux États-Unis s’ils avaient besoin de faire une « comptabilité créative », en notant que certains pays comme le Japon et le Royaume-Uni voulait des garanties de prêts.

Le sujet du financement, actuellement négocié au Sommet de Cancún, au Mexique, soulève la question sensible, et discutablement légitime, de la confiance accordée aux pays aidés. Tiendront-ils parole ? Dans le cable précité, Connie Hedegaard demandaient aux États-Unis pourquoi ils nétaient pas d’accord avec la Chine et l’Inde sur ce qu’elle considérait comme des mesures acceptables pour le « policage » des futures réductions d’émissions. Jonathan Pershing aurait répondu que la question est de savoir si ils honoreront leurs paroles.

Crise de confiance et fractures entre les pays riches et les pauvres

Le peu de confiance entre les pays développé et les pays en voie de développement crée une facture. Daté du 2 février 2009, un cable d’Addis-Abebba en Éthiopie fait état des rapports, lors d’une réunion, entre Maria Otero, sous-secrétaire d’État américaine, et Meles Zenawi, le Premier Ministre éthiopien qui dirige les négociations de l’Union Africaine en matière de changement climatique.

Le cable, classé confidentiel, révèle une menace brutale des États-Unis à Meles Zenawi : signer l’accord ou la discussion se termine maintenant. Meles Zenawi répondra que l’Éthiopie soutiendra l’accord, mais qu’il attend une assurance personnelle de la part de Barack Obama sur la fourniture de l’aide financière promise.

La détermination des États-Unis de chercher des alliés contre ses adversaires les plus puissants que sont le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde et la Chine, est exposé dans un autre cable diplomatique daté du 17 février 2010 à Bruxelles, faisant état d’une rencontre entre Michael Froman, conseiller adjoint de la sécurité nationale des États-Unis, et Connie Hedegaard accompagnée d’autres fonctionnaires de l’Union Européenne.

Les déclarations contradictoires de l’Union Européenne

Au cours de cette rencontre, Michael Froman aurait déclaré à l’Union Européenne, que les initiatives européennes ne devaient pas entraver les initiatives américaines, afin de mieux gérer l’obstructionnisme de pays tiers. Connie Hedegaard était tenue de rassurer Michael Froman sur le soutien de l’Union Européenne, révélant ainsi un fossé en les déclarations publiques et les déclarations privées. Le cable indique qu’elle espère que les États-Unis ont noté que l’Union Européenne a mis en sourdine ses critiques contre les États-Unis, afin d’être « constructif ».

Connie Hedegaard et Michael Froman aurait discutés de la nécessité de neutraliser, coopter ou de marginaliser les pays tiers, y compris le Vénézuela et la Bolivie. Connie Hedegaard aurait soulignée l’ironie d’une nouvelle aide financière du fait que l’Union Européenne est déjà un donateur important pour ces pays. En avril suivant, les États-Unis ont coupés leur aide financière à la Bolivie et à l’Équateur, en citant leur opposition à l’accord de Copenhague.

Evo Morales, le Président bolivien, a clairement perdu dans cette « ironie », selon un cable diplomatique du 9 février provenant de La Paz en Bolivie. Morten Elkjaer, l’ambassadeur danois à la Bolivie aurait dit à un diplomate américain qu’Anders Fogh Rasmussen, le Premier ministre danois, aurait passé de 30 minutes désagréables en compagnie d’Evo Morales, au cours de laquelle le Président bolivien aurait remercié pour l’aide bilatérale (de 30 milliards de dollars par année), en refusant de s’engager sur les questions de changement climatique.

Les soutiens politiques et le levier financier

Après le sommet de Copenhague, la liaison apparaît entre les finances et l’aide avec le soutien politique. Les autorités néerlandaises, qui avaient d’abord rejeté les ouvertures des États-Unis pour revenir sur leur position concernant l’accord, ont fait une déclaration surprenante le 25 janvier 2010.

Selon un cable, Sanne Kaasjager, négociateur climatique du Ministère néerlandais des Affaires étrangères, aurait demandé aux ambassades des capitales bénéficiaires de l’aide néerlandaise au développement de solliciter l’appui de l’accord.

Il s’agit d’un geste sans précédent pour le gouvernement néerlandais, qui traditionnellement écarte toute suggestion d’utiliser l’argent de l’aide comme moyen de pression politique. Cependant, plus loin dans sa demande, Sanne Kaasjager aurait précisé qu’il serait difficile de faire de l’adhésion à l’accord, une condition pour bénéficier du financement climatique.

L’audace de l’Arabie Saoudite

La plus grande audace révélée par les cables diplomatique provient de l’Arabie Saoudite, premier producteur de pétrole au monde et deuxième plus grand parmi les 25 pays les plus riches du monde. Un télégramme classé secret daté du 12 février 2010, fait état d’une réunion entre les représentants de l’ambassade des États-Unis et Mohammad al-Sabban, Conseiller économique principal du Ministre du Pétrole et des Ressources minérales de l’Arabie Saoudite.

Le royaume d’Arabie Saoudite aurait besoin de temps pour diversifier son économie en dehors du pétrole et Mohammad al-Sabban aurait noté l’engagement des États-Unis pour aider l’Arabie Saoudite dans ses efforts de diversification économique en soutenant les pressions sur les négociations autour du changement climatique.

Les suites des négociations au Sommet de Cancun

Les télégrammes obtenus par Wikileaks ne s’étendent pas au delà de fin de février 2010. Aujourd’hui, 116 pays se sont associés à l’accord et 26 pays déclarent avoir l’intention de s’y associer. Ce total de 140 pays, est à supérieur à une cible de 100 à 150 pays révélé indirectement dans les cables diplomatiques par Jonathan Pershing lors de sa rencontre avec Connie Hedegaard, le 11 février 2010.

Ces 140 nations représentent près de 75% des 193 pays qui font parties de la Convention des Nations Unies sur le changement climatique, il faut aussi souligner que les partisans de l’accord sont responsables de plus de 80% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

A mi-chemin des négociations de l’ONU sur les changements climatiques à Cancún, au Mexique, il y a déjà eu des poussées sur la manière avec laquelle serait livré le financement pour l’adaptation au changement climatique. Le plus grand choc pour le moment a été l’annonce faite le Japon, selon laquelle l’extension du protocole de Kyoto ne serait pas justifié par le climat actuel. Un énorme coup de pouce à la position officieuse des États-Unis.

Crédit Photo : Flickr

Source : The Guardian

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