L’exploitation du gaz de schiste dans la région du Québec est un sujet vivement débattu ces derniers mois. Le Conseil du Patronat du Québec (CPQ) a indiqué ce lundi, qu’il ne voit pas l’utilité de décréter un moratoire, de quoi raviver la flamme des opposants aux projets.
Le sujet est complexe, il y a d’un côté les industriels qui prônent une exploitation responsable et durable de ce gaz, et de l’autre, des opposants inquiets qui tiennent à faire appliquer un moratoire sur l’exploitation de ces gaz.
Qu’est-ce que le Gaz de Schiste ? C’est quoi au juste ?
Le gaz de schiste est un gaz naturel produit et extrait à partir des schistes. Les schistes, ce sont des roches sédimentaires argileuses ou métamorphiques qui ont pour particularité de présenter un feuilletage régulier en plans parallèles : « schistosité » (les fines plaques d’ardoise, par exemple, ce sont des schistes).
A l’origine, le gaz naturel se forme dans des roches mères organiques, des schistes noirs à grain fin. Sous l’effet de la pression constante exercée par les sédiments, la majeure partie de ce gaz naturel se déplace des roches mères, vers des roches plus poreuses, appelés des réservoirs. Le gaz naturel piégé dans la roche mère où il s’est formé est appelé « gaz de schiste » (Shale Gas). Il a pour particularité de se trouver parmi les « sources non conventionnelles » de gaz naturel, comme le gaz de charbon (grisou) ou les hydrates de méthane.
Le gaz de schiste n’est pas nouveau, ce qu’il l’est, c’est la possibilité de l’extraire de manière économique. La manoeuvre est assez complexe car il faut réaliser des puits horizontaux et fracturer la roche. Aujourd’hui, grâce aux développements technologiques et aux savoir-faires des industriels, c’est possible. Par ailleurs, depuis une vingtaine d’années, le rôle joué par le gaz de schiste dans l’approvisionnement en gaz naturel des États-Unis s’est accru considérablement.
Le potentiel gazier des schistes intéressent de plus en plus l’Europe, l’Asie, l’Australie et le Canada. Certains analystes estiment que les gaz de schistes constitueront, d’ici à 2020, près de 50% de la production nord-américaine de gaz naturel, l’enjeu économique est de taille. Au Québec, les industriels s’intéressent actuellement à la vallée du Saint-Laurent, les projets de forages et de productions pourraient démarrer en 2012.
Quelles sont les risques environnementaux liés à l’exploitation de ces gaz ?
Pour extraire le gaz de schiste, des compagnies de forages comme Halliburton ou Schlumberger, ont mis au point une technique constitant à fracturer la roche avec de l’eau : la fracturation hydraulique, appelée aussi « fracking ».
L’opération consiste à injecter dans les puits, de l’eau avec un mélange de sable et d’additifs chimiques pour facturer, avec la pression de l’eau, les schistes et libérer le gaz. Le gaz est ensuite projeté dans le puits à très haute pression, puis remonte à la surface avec les liquides de fracturation. Le principal risque de cette opération se situe là. La protection des puits est assurée par une gaine en ciment et si par accident il y avait des fissures dans cette gaine, à l’endroit où se trouve la nappe phréatique, le gaz et le liquide contaminés pourrait se répandre dans l’eau souterraine et contaminer à leur tour l’eau utilisée par les résidents des alentours, mais aussi affecter la biodiversité.
Aussi, l’écosystème de la zone pourrait être directement affecté par l’exploitation de ces gaz. En effet, des notes destinées au ministre des Ressources naturelles du Canada, et obtenues par La Presse canadienne, montrent que le gouvernement fédéral a été prévenu que l’exploitation des gaz de schiste pourrait faire augmenter les émissions de gaz à effet de serre, diminuer les réserves d’eau de source et empiéter sur les habitats naturels fauniques.
Enfin, si les projets de forage se concrétisaient, en 2020, ce sont 5,7 millions de tonnes de gaz à effet de serre qui seront générées par l’industrie québécoise du gaz de schiste, selon des estimations établies par Équiterre. La compensation carbone d’une quantité si importante d’émissions de gaz à effet de serre serait un défi assez difficile à relever comme le souligne Steven Guilbault, le coordinnateur général adjoint d’Équiterre.
Ces émissions représenteraient jusqu’à 35 % de l’objectif de réduction d’émissions de gaz à effet de serre que s’est fixé le Québec pour 2020.
A ce sujet, une étude publiée par le professeur Robert W. Howarth de l’Université Cornell en 2010 constate qu’une fois calculé l’impact des émissions fugitives de méthane dans le cycle de vie, les émissions de gaz à effet de serre (GES) produites par les gaz de schiste seraient plus élevées que celles du charbon et du mazout.
Quels sont les positions des industriels et du gouvernement du Québec ?
Le gouvernement du Québec parle d’autosuffisance en gaz naturel pour le Québec, de milliers d’emplois potentiels créés, d’investissements privés importants, de recettes fiscales et il se veut rassurant quant à l’encadrement de l’industrie. Le gouvernement a indiqué récemment qu’il faisait appel au Bureau d’Audiences Publiques sur l’Environnement (BAPE) avec pour objectif d’étudier les solutions qui permettraient d’encadrer cette industrie en plein essor. Par ailleurs, le Québec n’a pas exclu la possibilité d’une nationalisation de l’industrie des gaz de schiste.
Selon le Conseil du Patronat du Québec (CPQ), le développement d’une industrie du gaz de schiste aurait un impact économique bénéfique pour la région du Québec. Cette industrie permettrait de réduire le déficit de sa balance commerciale interprovinciale de près de 50%, de diminuer légèrement le prix du gaz au Québec et d’améliorer à long terme la sécurité de son approvisionnement énergétique dans un contexte géopolitique toujours imprévisible.
Le CPQ expliquait ce lundi : « Nous avons déjà accès à un bon fonds documentaire d’études et de points de vue pour peaufiner notre propre réglementation, et nous pouvons notamment nous inspirer de l’étude générique sur le gaz de schiste entamée par le Environmental Protection Agency qui n’a pas entraîné de moratoire sur les travaux d’exploration à l’échelle du pays aux États-Unis »
Le rapport du Bureau d’Audiences Publiques sur l’Environnement (BAPE) devra être remis au ministre de l’Environnement, Pierre Arcand, au plus tard le 4 février 2011. Les débats environnementaux et économiques devraient donc s’intensifier autour de l’exploitation des gaz de schistes.
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