Publié le lundi 22 novembre 2010 à 12:00

Le Rapport Sukhdev, l’approche économique de la biodiversité

Le Rapport Sukhdev, l'approche économique de la biodiversité

Outre l’adoption de l’objectif d’Aichi, le Sommet de Nagoya qui s’est tenu fin octobre, a été la scène choisie par l’économiste indien Pavan Sukhdev, pour la présentation du rapport final TEEB (The Economics of Ecosystems and Biodiversity). Une évaluation économique de la biodiversité.

Dans sa précédente version en 2009, le rapport Sukhdev annoncait déjà des chiffres spectaculaires. Le simple coût de la perte liée à la déforestation pourrait s’évaluer, entre 1 350 milliards et 3 100 milliards de dollars US par année, d’ici à 2050.

Dans sa version finale, le rapport de Pavan Sukhdev annonce des chiffres tout aussi impressionnants. L’évaluation des pertes globales liées à la dégradation de la biodiversité serait de 23 500 milliards de dollars US par an. Cette étude pointe aussi le fait que 40% de l’économie mondiale serait dépendante de services rendus par la nature.

Enfin, sur le modèle du rapport Stern de 2006, l’évaluation du coût lié à l’inaction et à la continuité de la dégradation « constatée » de la biodiversité pourrait s’évaluer en 2050, à 7% de la richesse mondiale.

L’économie des écosystèmes et de la biodiversité

Lorsqu’on analyse les liens qui existent entre la nature, l’activité économique et le bien-être de l’homme, les attributs qualitatifs et quantitatifs de la biodiversité revêtent toute leur importance.

L’Évaluation des Écosystèmes pour le Millénaire a défini quatre catégories de services écosystémiques qui contribuent au bien-être de l’homme, chacune étant sous-tendue par la biodiversité. On retrouve les services d’approvisionnements (aliment et récoltes sauvages, eau douce, médicaments dérivés de plantes …), les services de régulation (filtration des polluants par les zones humides, régulation du climat par l’absorption de CO² et le cycle hydrologique, pollinisation …), les services culturels (activités récréatives, valeurs spirituelles et esthétiques, éducation …) et les services de soutien (formation des sols, photosynthèse, cycle des nutriments …).

Les concepts de services écosystémiques et de capital naturel permettent d’identifier les nombreux bénéfices que nous offre la nature.

L’approche du rapport TEEB, d’un point de vue économique, est que les flux des services écosystémiques peuvent être perçus comme les « dividendes » que la société reçoit sur le capital naturel. Le maintien des stocks du capital naturel permet l’approvisionnement durable des flux futurs des services écosystémiques.

De plus en plus de preuves portent à croire que nombre d’écosystèmes ont été détériorés au point d’approcher des seuils critiques, au-delà desquels leur capacité à fournir des services utiles est susceptible d’être radicalement réduite.

Cependant, un degré d’incertitude considérable existe. Le niveau d’utilisation ou de perturbation que les différents écosystèmes sont capables de supporter avant que les dégâts qui leur sont occasionnés ne soient irréversibles est très incertain. Il est donc d’autant plus nécessaire, d’être prudent afin de maintenir des écosystèmes « en bonne santé » ainsi que le flux continu des services écosystémiques à long terme.

Publié en 2008, le Rapport intérimaire de la TEEB a fourni certaines estimations initiales des impacts économiques de la perte de biodiversité à l’échelle mondiale.

Les auteurs invitent à la prudence avec les chiffres obtenus. Les évaluations présentées dans le rapport, bien que très utiles à grande échelle pour évaluer l’importance économique de la biodiversité et des écosystèmes, sont des opérations complexes et controversées.

Protéger les forêts permettrait d’économiser 3,7 trillions de dollars US

D’ici 2030, réduire de moitié le taux de déforestation permettrait d’obtenir une réduction des émissions de gaz à effet de serre estimée entre 1,7 et 2,7 Gt de CO2 par an. Cette réduction des émissions de CO2 aurait pour effet d’économiser 3,7 trillions de dollars US (estimation des dommages liés aux changements climatiques engendrés par les émissions précitées). Sans compter les nombreux bénéfices pour les écosystèmes des forêts.

La pêche « déraisonnée » : une perte de 50 milliards de dollars US

Le modèle concurrentiel des flottes de pêche industrielle fortement subventionnées, associé à une mauvaise réglementation et un mauvais respect des règles en vigueur, a mené à une surexploitation de pratiquement tous les stocks de poisson à forte valeur commerciale. Le résultat ? Une réduction des pêcheries marines mondiales estimées à 50 milliards de dollars US, en comparaison à un modèle de pêche plus durable.

Les récifs coralliens et leur importance en matière de services écosystémiques

Couvrant seulement 1,2% des plaques continentales de la planète, les récifs coralliens abriteraient entre 1 et 3 millions d’espèces, dont un quart de la totalité des espèces de poissons marins. Les quelques 30 millions de personnes vivant en zones côtières et au sein de communautés insulaires sont entièrement dépendants des ressources fondées sur les récifs coralliens comme principal moyen de production alimentaire, de revenu et de moyen de subsistance.

La valeur économique de la pollinisation

En Suisse, une simple colonie d’abeilles assurait, en 2002, une production agricole annuelle d’une valeur de 1050 dollars US en fruits et mûres fécondés, en comparaison à tout juste 215 dollars US issus des produits directs de l’apiculture (miel, cire d’abeille …). En moyenne, les colonies d’abeilles suisses assuraient une production agricole annuelle d’une valeur avoisinant les 213 millions de dollars US par le biais de la pollinisation qu’elles offrent, soit environ cinq fois la valeur de la production de miel.

À l’échelle mondiale, la valeur économique totale de la pollinisation par les insectes est estimée à 210 milliards de dollars US, soit 9,5 % du rendement agricole mondial en 2005.

On pourrait aussi estimer les pertes potentielles relatives aux OGM et à la sélection des semences, bien qu’inestimables car relevant de modèles prédictifs qui seraient considérés comme arbitraires.

Á titre d’exemple, il existe dans le monde près de 30 000 espèces comestibles, connues, de maïs et de soja. En cas de crise climatique affectant directement 4 grandes monocultures de maïs ou de soja aux États-Unis, sur lesquels des industriels de l’agroalimentaire auraient choisis de se concentrer en tuant des variétés rustiques, les pertes économiques seraient immenses et l’atteinte à la biodiversité qui est constitué ici en serait la cause.

Comme le résume très bien les auteurs du rapport en conclusion, il est difficile « d’estimer l’inestimable » et c’est la raison pour laquelle il faut prendre en compte ce fait. Le rapport se veut avant tout, d’être un outil d’aide à la décision pour les décideurs politiques et les entreprises. Un moyen d’évaluer les gains et les pertes économiques liés à la protection et à la dégradation de la biodiversité et des écosystèmes, d’en prendre en compte les risques et les incertitudes.

Le Rapport TEEB : Version PDF

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.