Publié le lundi 27 juin 2011 à 12:00

La flambée des prix alimentaires imputée aux marges des distributeurs

La flambée des prix alimentaires imputée aux marges des distributeurs

FRANCE — Dans son premier rapport rendu publique ce lundi, l’Observatoire des prix et des marges des produits alimentaires met en cause les marges démesurées des distributeurs et des industriels de l’agro-alimentaire dans la flambée des prix. D’après l’étude, les marges dépassent les 100% du prix d’achat et les prix n’évoluent pas selon les cours des matières premières.

Dans ce rapport accablant pour la grande distribution et les industriels de l’agro-alimentaire, l’Observatoire des prix et des marges des produits alimentaires a mis en avant le lien entre la flambée des prix alimentaires et les marges des distributeurs. Tandis que les prix des matières premières agricoles chutent, les prix en rayon ne baissent pas. Par contre lorsque les prix des produits agricoles augmentent, les prix changent.

Les grands perdants de ce mode de fonctionnement sont les agriculteurs et les consommateurs. De son côté l’association de protection des consommateurs UFC Que Choisir a réagit immédiatement en demandant une intervention des parlementaires sur le sujet.

Par le biais d’un travail remarquable, l’observatoire à l’origine de ce rapport de 250 pages apporte une vue objective qui ne pourra plus être niée par les distributeurs lors des coups de colère des agriculteurs. Aucune surprise dans ce rapport, sur dix ans les grands gagnants sont très clairement les distributeurs (Carrefour, Auchan, Leclerc, Casino…). Quand les agriculteurs vendaient à perte ou faisaient faillite, l’essentiel des marges sur les produits alimentaires étaient toujours confortablement empochés par la grande distribution.

« Des marges démesurées sur les fruits et légumes »

Ce sont sur les fruits et légumes que se font les marges les plus importantes : pomme (+143%*), banane (+136%*), carotte (+110%*), laitue (+103%*) etc. Les distributeurs se font des marges très élevées sur des produits n’ayant nécessité que peu de transformation. En moyenne, les progressions de marges observées sur les fruits et légumes varient entre 35% et 59% du prix au détail.

* Evolution de la marge brute sur 10 ans.

« Les distributeurs bénéficient toujours des crises agricoles »

Comme le rapport l’indique, les très confortables marges brutes analysées sur 10 ans montrent que l’effondrement des prix des matières premières n’ont pas eu d’impact particulier sur les marges des distributeurs. Ce qui était jusqu’alors pointé comme des spéculations hasardeuses par les professionnels du secteur est désormais prouvé. La baisse des matières première agricoles bénéficie toujours aux distributeurs qui par ce biais, paient moins cher leurs produits, tout en conservant leurs marges. Il faut entendre par là, que les prix en magasins ne baissent pas et qu’au final c’est le consommateur qui trinque.

Pendant que les éleveurs de viande rouge enregistrent des revenus au ras des pâquerettes, la grande distribution réalise toujours et de manière constante d’importantes marges. Le rapport reconnait néanmoins qu’en vue d’un défaut d’accès aux informations des distributeurs, il n’a pas été possible d’établir les marges net qu’ils réalisent après les charges (personnels, transport, pertes etc.), ce qui aurait permis d’être plus représentatif des profits engrangés par ces distributeurs. Ils ont refusés de jouer de le jeu et ont officiellement refusé l’accès à ces données pour des raisons de confidentialité.

« Les consommateurs, mais aussi les agriculteurs sont les grands perdants »

Avec ce mode de fonctionnement les producteurs ne sont jamais gagnants. Les distributeurs jouent avec la concurrence européenne, si bien que même quand les prix des matières premières agricoles augmentent, les producteurs n’en profitent pas. Quand les prix baissent, ce sont les producteurs qui perdent. D’une part, parce qu’ils doivent casser leurs prix mais aussi parce que la baisse des prix n’a que peu d’impact sur l’évolution de la demande.

« Les industriels de l’agro-alimentaire profitent autant du système que les distributeurs »

Contrairement aux agriculteurs, les industriels comme Nestlé ou Danone savent bien mieux se défendre face aux mastodontes de la grande distribution. Le rapport indique que le seul endroit où les marges ont baissés sur les dix dernières années, ce sont sur les yahourts. D’ailleurs les distributeurs ne se gênent pas pour accuser les industriels de réaliser des marges nettement plus importantes qu’eux. Seulement, l’observatoire n’a pas obtenu suffisamment d’informations pour en arriver à cette conclusion, il affirme même le contraire… A savoir, que les marges réalisées par les distributeurs seraient plus importantes.

Credit Photo : Flickr

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