Publié le mercredi 25 janvier 2012 à 13:24

Les nappes phréatiques de la planète en baisse

Les nappes phréatiques de la planète en baisse

C’est en mars 2002 que débute la mission GRACE (Gravity recovery and Climate Experiment) sur l’initiative de l’Agence Spatiale américaine (NASA) et de l’Agence Spatiale allemande (DLR). Cette mission a assisté à la mise en orbite par les deux puissances de deux petits satellites de 475 kilogrammes baptisés "Tom" et "Jerry". Pendant 10 ans, ces satellites munis d’instruments de mesures ont suivi la variation de la gravité terrestre et la répartition des masses qui le composent. Les deux satellites ont fourni des mesures exploitables en géologie, hydrologie et diverses autres disciplines scientifiques, mesures d’une précision sans précédent. Grâce aux données obtenues sur des cartes terrestres, les océanologues, les glaciologues, les hydrologues et les géologues engagés dans la mission ont pu suivre différents phénomènes naturels intéressant leurs disciplines respectives.

Entre autres exemples, ces deux satellites fournissent des données permettant de suivre l’évolution de l’épaisseur des calottes polaires, la circulation de l’eau des océans et l’écoulement des cours d’eau. L’extrapolation de ces données leur a aussi permis de suivre la variation du niveau des nappes phréatiques, notamment dans les zones où il n’existe aucun équipement permettant d’effectuer de telles mesures. La mission GRACE a été conduite par le docteur Byron Tapley du centre de recherche spatiale de l’université du Texas avec l’assistance du docteur Christoph Reigber du GeoForschungZentrum de Postdam. La coordination du projet et les travaux d’ingénierie ont été conduits par JetPropulsion Laboratory.

Après 10 ans d’observation, les spécialistes du centre de modélisation hydrologique de l’Université d’Irvine en Californie viennent de publier les résultats de leurs études. Le niveau des nappes phréatiques de la planète aurait amorcé une baisse rapide. Selon leurs observations, le phénomène serait plus visible dans les régions où l’activité agricole est plus intense. Sont plus concernées les régions de la vallée centrale californienne, les plaines de la Patagonie argentine, la Chine, l’Inde ainsi que l’Arabie saoudite et les pays frontaliers. Selon les hydrologues, cette baisse serait de plusieurs centimètres par an, faisant ainsi craindre un risque d’affaissement du sol dans ces régions. Les hydrologues s’inquiètent notamment des prélèvements massifs qui son effectués sur les nappes aquifères fossiles car ces dernières ne peuvent se renouveler.

Il est à rappeler que les nappes phréatiques fossiles sont des poches d’eau souterraines s’étant formées il y a des milliers, voire des millions d’années à des époques climatiques humides. On les trouve à très grande profondeur dans des régions aujourd’hui arides telle que le Sahara. Afin de maintenir son niveau, une nappe phréatique doit être renouvelée, l’eau de surface représentant leur première source d’approvisionnement. Lors des pluies, l’eau qui s’infiltre contribue à rehausser le niveau des nappes phréatiques. Si l’infiltration des eaux est bloquée, le renouvellement de la nappe ne pourra se faire. L’infiltration peut être réduite par l’imperméabilisation de la surface du sol, notamment par le bitumage en zone urbaine.

Le niveau de la nappe aquifère peut également baisser si les prélèvements effectués au sein de celle-ci sont supérieurs au niveau d’approvisionnement par les eaux d’infiltration. L’agriculture, et notamment l’agriculture intensive, consomme des quantités impressionnantes d’eau. Dans les régions arides, l’agriculture ne peut s’effectuer que grâce à l’irrigation. Dans ces zones, la seule source d’eau souvent disponible est celle des nappes fossiles. La surface de la terre est recouverte à 70% d’eau, mais la plus grande partie de cette eau se trouve dans les mers et les océans et n’est donc pas propre à la consommation. L’eau douce utilisée pour l’agriculture et la consommation est emprisonnée à 95% par les nappes phréatiques et 25 à 40% de l’eau que nous consommons proviennent d’elle. Cette nouvelle sonne donc comme un glas.

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