Jusqu’ici, la régulation de la température chez l’éléphant était demeurée en grande partie un mystère. Le mystère se compliquait encore du fait que le plus gros animal terrestre ne possédait pas de glandes sudoripares. La transpiration est la principale voie par laquelle la plupart des homéothermes (animaux à sang chaud) abaissent leur température interne lorsque celle-ci augmente du fait de la chaleur ambiante. Jusque là, la croyance était que ces pachydermes se rafraîchissaient uniquement en se baignant ou en agitant leurs oreilles. Les oreilles des éléphants étaient considérées comme les principaux organes par lequel cet animal abaissait sa température corporelle lors des canicules. Les oreilles de l’éléphant ont en effet la particularité d’être densément vascularisées avec de larges vaisseaux sanguins à fleur de peau. L’animal les agite comme des éventails lorsque la chaleur gagne en intensité.
Si cette théorie expliquait en grande partie comment l’éléphant d’Afrique (Loxodonta africana) régulait sa température en cas de canicule, elle était insuffisante pour expliquer comment son cousin, l’éléphant d’Asie (Elephas maximus) s’y prenait. En effet les oreilles de l’éléphant d’Afrique sont très larges (1,8 m de long sur 1,5 m de large) alors que celles de l’éléphant d’Asie sont plutôt petites. La peau épaisse et rugueuse de l’éléphant était considérée comme très peu vascularisée et il était admis qu’elle ne pouvait jouer qu’un rôle accessoire dans la régulation de la température de l’animal. Le mystère demeurait donc entier.
Cette zone d’ombre sur la régulation thermique de l’organisme des éléphants appartient désormais au passé. En effet, une équipe de 4 chercheurs de l’Université de médecine vétérinaire de Vienne en Autriche vient de faire une découverte qui explique largement comment l’éléphant maintient sa température corporelle constante lors des canicules. Cette équipe, composée de Nicole M. Weissenböck, Christoph M. Weiss, Helmut Kratochvil et Harald M. Schwammer, vient tout juste de faire la lumière sur ce processus physiologique longtemps incompris. Les quatre chercheurs ont utilisé pour ce faire l’imagerie thermique qui a pour particularité de permettre la mesure de la température des surfaces filmées ou photographiées. Les zones jaunes ou blanches sur les images prises indiquent les zones de forte déperdition de la chaleur.
L’étude a été menée sur 6 éléphants d‘Afrique du zoo de Vienne. Les chercheurs ont, au cours de leur étude, pris des images des pachydermes en question lors de leurs déplacements entre l’environnement intérieur et extérieur du zoo. Les prises de vue furent effectuées à l’aide de caméras thermiques. L’étude révèle que les éléphants sont capables d’abaisser leur température corporelle en accélérant le pompage de leur sang vers des îlots de refroidissement situés sur leur peau. Les chercheurs on pu ainsi identifier plus de15 îlots de refroidissement en plus des zones situées sur les oreilles. Ces îlots sont des zones transdermiques densément vascularisées qui sont disséminées en différents endroits de l’enveloppe corporelle des éléphants.
"Le mythe selon lequel les éléphants sont des animaux dotés d’une peau dure et insensible est tombé", a affirmé Nicole Weissenböck. Les éléphants doivent avoir plus de réseaux de concentrations vasculaires que celles révélées par les études précédentes. Cette étude, qui a été publiée dans la revue de Biologie thermale montre comment la surface de ces îlots de déperdition thermique s’accroit avec l’augmentation de la température ambiante. Des expériences subséquentes ont permis de démontrer que les éléphants en liberté dans la jungle utilisaient un mécanisme semblable pour abaisser leur température interne. Cette découverte porte donc à 3 le nombre de mécanismes utilisés par les éléphants pour se rafraîchir, mécanismes qui permettent aux éléphants de maintenir leur température corporelle à 36°C, soit un degré de moins que celle des humains. Pr Fritz Vollrath, expert dans l’étude du comportement des éléphants à l’Université d’Oxford et membre de l’ONG « sauvons les éléphants » a déclaré que cette étude était très importante car elle a montré que les éléphants peuvent indépendamment battre les oreilles et ouvrir ou fermer certaines parties spécifiques de leur épiderme pour réguler leur température interne. Selon lui, il serait probable que ces îlots de refroidissement soient destinés à réguler la température d’organes spécifiques.
